Il vient un sérieux coup de sang en lisant ce que l’UMP entend nous préparer pour réprimer le droit de grêve. Nul doute que Frédéric Lefebvre n’exprimà¢t ici l’idéologie qui prévaut en la matiêre ! Chez Sarko, Hortefeux &Cie… C’est tout bonnement «Maréchal nous voilà  !»â€¦ Fort «révolution nationale» que cette tendance à  «criminaliser la contestation» !

Nous le sentions monter depuis quelques temps, notamment la grêve qui a eu lieu à  la Gare Saint-Lazare aprês l’agression dont avait été victime un conducteur de TGV en gare de Maisons-Laffitte. Même le «droit de retrait» en cas de situation dangereuse ne leur était plus tolérable. Les agents de la SNCF ou de la RATP peuvent bien se faire casser la gueule – et quand il y aura mort d’homme ? – peu leur chaut à  ces fieffés «pôv c…» ! Seul l’ordre – botté ? – leur importe.

Ils entendent éradiquer le droit de grêve – liberté quasi constitutionnelle aux termes du Préambule de la Constitution de 1946, lequel fait partie intégrante de ce que l’on a nommé le «bloc de constitutionnalité», notamment l’article 32 : le droit de grêve est reconnu à  tous dans le cadre des lois qui le réglementent.

Depuis 1946, les lois n’ont pas manqué précisément pour réglementer – et restreindre – le droit de grêve. Derniêrement, L’UMP en a rajouté plusieurs couches au sujet du «préavis» notamment dans la fonction publique, visant notamment le personnel des transports en commun. Mais cela ne saurait leur suffire : ils veulent ni plus ni moins que l’éradication totale du droit de grêve.

Vieux délire fasciste qui nous vaudra une fois de plus une loi purement «scélérate»â€¦ Sans remonter jusqu’aux origines de l’expression – les lois contre les anarchistes dénoncées en raison de leurs excês notamment par Francis de Pressensé et Emile Pouget dans un pamphlet célêbre : “Les lois scélérates de 1893-1894″, publié en 1899 – je rappellerais aux moins de 40 ans que nous utilisà¢mes cette expression en 1970 au sujet de la loi Marcellin dite «anti-casseur» du 8 juin 1970 qui visait à  rendre les organisateurs d’une manifestation respon-sable des violences commises à  l’occasion de celle-ci. Elle fut fort heureusement abrogée en 1981.

Les propositions de notre génial législateur – qui n’a visiblement aucune connaissance de quelque sorte en matiêre juridique – font froid dans le dos !

On passera sur la rhétorique habituelle : «Ce qui fragilise aujourd’hui le droit de grêve, c’est l’abus de droit de grêve». Il est dommage qu’il n’envisage aucune sanction contre «l’abus de connerie» ! Il serait sans nul doute le premier pénalisé… Mais brrr ! quand il annonce la suite… «il faut continuer de modifier la loi» contre les «abus du droit de grêve», préconisant des «sanctions financiêres» ou «pouvant engager la responsabilité personnelle des syndica-listes».

Qu’entend-il par «ABUS» ? «mettre en toute impunité les usagers dans des situations inacceptables ou ils sont bloqués dans des trains», «cela doit pouvoir aller jusqu’à  la sanction le plus grave, c’est-à -dire l’interdiction de responsabilités syndicales»â€¦ Je n’utilise pas sans raison l’expression de «loi scélérate»â€¦ et que cela vise tout particuliêrement le syndicat SUD-rail – en pointe dans la contestation- ne me fait point de doute !

D’abord, la grêve ne bloque pas les voyageurs dans les trains… Je n’ai jamais entendu parler d’un cheminot qui n’ait mené les voyageurs à  destination parce que l’heure de la grêve avait sonné ! Ce qui bloque parfois les voyageurs, ce sont des incidents ou des accidents, alliés parfois à  la connerie des voyageurs, tels ceux qui sont descendus derniêrement sur les voies à  la suite d’un «accident de personnes», bloquant totalement le trafic de la gare Saint-Lazare.

Ce ne sont pas les cheminots qui font péter les caténaires – mais à  part des chasseurs maladroits et peut-être des saboteurs ? En tous cas três certainement pas les contestataires de Tarnac ! – c’est surtout l’absence d’entretien, qui doit coà»ter trop cher ! Aucun syndiqué responsable ne s’attaque à  son «outil de travail», bien au contraire ! Les seuls actes de «sabotage» dont j’ai eu connaissance furent le fait de cheminots résistants qui s’attaquaient aux trains transportant des troupes allemandes. Mais il est vrai que la «Résistance» n’est plus guêre à  l’honneur à  l’UMP, au grand dam des derniers gaullistes.

Il n’y va pas avec le dos de la cuillêre ! «On peut parfaitement imaginer des sanctions financiêres contre des syndicalistes qui génêreraient des dégà¢ts pour la sécurité, ou ayant un coà»t économique pour la collectivité. Et on peut imaginer que soit engagée leur responsabilité personnelle»â€¦

Un coà»t économique pour la collectivité ?

Il suffirait que la SNCF (ou Air-France, etc…) perde du fric à  cause d’une grêve pour que l’on punisse les syndicats et les grévistes ? Du vrai délire fasciste !

«La meilleure protection du droit de grêve, c’est la lutte contre les abus de ce droit sinon, c’est la population qui se révolte contre les abus», a poursuivi le député des Hauts-de-Seine. Selon lui, «si l’on veut protéger le droit de grêve, il faut mettre en place un arsenal juridique qui lutte contre les abus». Protéger le droit de grêve ? Mon cul !

On peut faire confiance à  la droite pour instrumentaliser les usagers mécontents. Il n’empêche : 69 % de la population serait d’accord avec la grêve du 29 janvier… C’est dire l’importance du mécontentement des Français ! Certains feront sans doute «grêve par procuration» comme l’on a dit pour 1995 de ceux qui ne peuvent se permettre de faire grêve sous peine de perdre leur boulot.

Et puisque Frédéric Lefebvre est d’une stupidité en acier trempé, je vais me permettre de lui donner une courte leçon de science politique : une grêve qui ne gêne pas est une grêve inutile…

C’est l’essence même de ce que l’on appelle le «rapport de forces», lequel a été trop longtemps oublié par des syndicats englués dans la «politique contractuelle», qui ne marche que tant qu’il y a possibilité d’obtenir des concessions et avantages assez substantiels pour apaiser le climat social… C’était le fondement du «fordisme» et de feu l’Etat-providence qui est «parti en couilles» sous les coups de butoir de l’ultralibéralisme déchaà®né.

Que l’on ne me dise surtout pas que la «lutte des classes» c’est du passé ! Je rétorquerais immédia-tement que bien au contraire, elle est pratiquée avec une férocité extrême par le Medef. Qui entend exploiter au maximum la misêre et le travail. Toutes les lois récentes qui détricotent la protection sociale et les prétentions qu’il a d’aller toujours plus loin dans ce domaine en témoignent à  l’envi.

Je constate que – comme toujours – Frédéric Lefebvre fonctionne dans l’excês. Sans que je puisse déterminer s’il exprime sa seule opinion ou celle de l’UMP qui serait toutefois contrebalancée par des «réserves» : ne pas dévoiler ses batteries… ça grogne suffisament comme ça dans l’opinion publique pour ne pas risquer de mettre le feu aux poudres !

Toujours est-il que Brice Hortefeux tempêre ces propos, disant «être à  l’écoute» de ceux qui se mobiliseront le 29 janvier. «Moi, ça ne me choque pas. Le fait qu’il y ait des manifestations, comment pourrait-on s’en étonner? Nous sommes dans une période três difficile». Ajoutant néanmoins qu’il est «indispensable de concilier l’exercice du droit de grêve et du droit par exemple pour chacun d’utiliser le bus, le tramway, le métro, le train pour se rendre à  son travail». Idée fixe : trafic normal les jours de grêve… Prétention déjà  retoquée par le Conseil constitutionnel.

Quant à  une éventuelle et supplémentaire ! réforme du «service minimum», il botte en touche, rappelant que le gouvernement s’était engagé à  proposer «dans un délai d’un mois» – toujours l’urgence ! – les «ajustements utiles» à  la loi aprês une concertation avec les partenaires sociaux et les élus. Aura-t-il une conception plus souple que Xavier Bertrand de la concertation sociale ? Pas si c’est Sarkozy qui lui siffle l’air de sa “feuille de route” !

Xavier Bertrand – nouveau président de l’UMP et ex ministre du Travail – aurait reconnu que le mouvement pouvait être «important» et «vraiment suivi» car il constitue «une forme de réponse pour les salariés» face à  la crise… Pour tout dire, ça pétoche sec dans les allées du pouvoir… L’ombre de décembre 1995 et les Facs commenceraient à  se mobiliser !

Il manquait une «raffarinade» !

Jean-Pierre Raffarin qualifie pour sa part la journée de grêves de jeudi de «poussée de fiêvre», Il y voit un mouvement «politique», «un peu ramasse-tout» et «sans revendication clairement iden-tifiée».

Il est vrai qu’il a tellement ignoré les attentes de la «France d’en bas» quand il était premier ministre qu’aujourd’hui, une telle cécité n’a rien de bien étonnant… Quel malaise social ?

Quant à  Sarkozy, en déplacement à  Chà¢teauroux, il dit «comprendre l’inquiétude des Français» mais «ne pouvoir arrêter le train des réformes»â€¦ «MOI j’ai été élu pour conduire un pays de 65 millions d’habitants et je veux qu’on sorte de la crise plus forts qu’on n’y est entrés»,

«Plus forts qu’on y est entrés» ?

Resucée de ses vÅ“ux de la Saint-Sylvestre… entendre que cette crise est une formidable aubaine pour détricoter davantage le droit social et mettre les salariés en situation de quasi-esclavage. De la même façon, à  grands coups de nouvelles «restructurations» dispa-raà®tront grand nombre d’entreprises qui n’auront pas la «taille critique» pour affronter les enjeux de la mondialisation.

Que celle-ci ait démontré ses limites notamment à  l’occasion du krach boursier n’est pas pour le déranger !

«Droit dans ses bottes» lui-aussi ? «mais je dois voir ça avec sang froid, avec calme, réfléchir, ne pas décider en fonction de qui est écrit dans le journal ou de ce que dit celui qui crie le plus fort»â€¦

Mëme s’ils sont plusieurs millions dans la rue le 29 janvier 2009 à  crier leur exaspération et leurs inquiétudes ? C’est une vraie réclame pour les boules Quies, ce mec-là  !

Toujours est-il qu’avec la journée de grêves du 29 janvier Sarkozy prend une fois de plus dans les gencives le boomerang de sa célêbre phrase : «quand il y a une grêve, personne ne s’en aperçoit» !

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