alain-greshDans un précédent envoi, j’avais commencé l’analyse d’un document publié par The Israel Project, une officine défendant l’Etat d’Israël. Ce texte d’une centaine de pages, qui ne devait pas être rendu public, avait été dévoilé au mois de juillet dernier par Douglas Bloomfield, un ancien et important responsable du lobby pro-israélien AIPAC, dans un article du New Jersey Jewish News, sous le titre « Change the policy or change the subject ? ». Cet article fut suivi par un autre, écrit par Chris McGreal pour le quotidien britannique The Guardian (23 aoà»t 2009), sous le titre « Pro-Israel groups accuse Obama of promoting “ethnic cleansing” ». Selon le journaliste, dans le document mentionné, The Israel Project affirmait que le démantêlement des colonies israéliennes équivalait à  un nettoyage ethnique et mettait en cause la sécurité d’Israël.

A la suite d’un coup de fil demandant des précisions, Jennifer Laszlo Mizrahi, fondatrice et présidente de The Israel Project, nous a transmis cette précision :

« La version de ce guide qui circulait sur le Web était une version préliminaire et elle contenait des choses que nous avons retirées. Par exemple, dans l’ébauche, nous avons utilisé les mots “nettoyage ethnique” : une grosse erreur qui a été retirée. Mais l’ancienne version de ce guide a été mise en ligne : nous avons donc envoyé une explication et des excuses aux journalistes qui nous ont interrogés à  ce sujet. »

Elle m’a aussi envoyé une mise au point allant dans le même sens qu’elle avait fait parvenir au Guardian et que ce quotidien avait reproduite le 26 aoà»t sous le titre « No ethnic cleansing ».

J’ai ensuite demandé à  Mme Mizrahi de m’envoyer la version définitive du texte. Elle m’a expliqué que ce document n’était pas important, qu’elle ne s’en servait pas, qu’elle ne l’avait pas regardé depuis plusieurs mois, etc.

J’en ai conclu que, bien que The Israel Project ait fait son autocritique sur la question du « nettoyage ethnique », ce texte restait significatif de ce que son organisation faisait, et j’en poursuis donc l’analyse. D’autant que Jennifer Mizrahi écrivait en introduction du texte dont elle prétend aujourd’hui qu’elle ne le lit plus :

« Au nom de notre conseil et de l’équipe, nous vous proposons ce guide destiné aux leaders visionnaires qui sont sur les lignes de front de la guerre médiatique pour Israël. Nous voulons que vous réussissiez à  gagner les cÅ“urs et les esprits du public. Nous savons que, en réussissant votre mission, vous contribuez à  la fois à  aider Israël et notre famille juive mondiale. Ainsi, nous vous offrons ces mots avec nos vÅ“ux les plus sincêres pour votre succês. Puissent vos paroles aider à  apporter la paix et la sécurité à  Israël et au peuple juif ! »

Il faut dire aussi un mot de l’auteur de ce texte, Frank Luntz, un homme lié à  la droite américaine, commentateur sur la chaà®ne de télévision Fox et dont on trouvera une intéressante biographie sur Wikipedia. Il a notamment joué un rôle actif auprês du président Bush dans la campagne pour minimiser les risques liés au changement climatique.

Le chapitre III du document explique comment il faut parler du « self government » des Palestiniens, alors que la majorité des Américains et des Européens soutiennent l’idée de deux Etats vivant côte à  côte. Le manuel propose de ne pas aller ouvertement contre cette conviction, mais de dire que la paix doit venir avant la définition des frontiêres :

« “La paix avant les frontiêres politiques” met en place la dynamique parfaite pour vous. Ce slogan met en avant la nécessité d’arrêter les roquettes, arrêter les bombardements, et de créer un cessez-le-feu, tout en minimisant subtilement l’importance de d’une solution à  deux Etats en l’appelant “les frontiêres politiques”. Le slogan de la paix est toujours plus fort que celui de la politique dans l’esprit de l’élite. Toujours. »

Plus loin, l’auteur demande de souligner que la lutte est « une lutte idéologique, pas une lutte pour la terre, une lutte contre le terrorisme, pas une lutte pour les territoires. C’est pourquoi vous devez éviter d’utiliser les arguments religieux d’Israël pour la terre pour justifier le refus d’abandonner la terre. De telles affirmations font apparaà®tre Israël comme extrémiste aux yeux de gens qui ne sont pas des croyants chrétiens ou juifs. »

Il faut aussi apparaà®tre comme « pro-palestinien » (sic), parce que c’est ce que la gauche européenne ou américaine veut entendre. Mais un danger surgit du fait que l’opinion américaine commence à  faire la différence entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. « C’est une évolution três inquiétante parce que cela peut l’amener à  excuser ou à  écarter le terrorisme et la culture de la haine propagée par l’Autorité palestinienne elle-même. » Quoi qu’il en soit, conclut ce chapitre, apparaà®tre comme soutenant les Palestiniens est la maniêre la plus crédible de défendre Israël…

(La suite dans un prochain envoi, si j’ai le courage de continuer…)

Alain Gresh

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