besancenot revolution philosophie 300x241 La révolution ? Cest possible ! Entretien avec Olivier BesancenotA la veille du congrês de fondation du nouveau parti anticapitaliste, son leader expose son projet politique. A ceux qui pourraient s’interroger sur ses intentions, et son éventuelle conversion au réformisme, cette interview offre une réponse três claire…

Vous vous définissez comme anticapitaliste.
Qu’entendez-vous par là  ?

Pour nous, l’anticapitalisme est la volonté d’en finir avec la société actuelle et d’en bà¢tir une nouvelle. Aujourd’hui, il y a une dictature du capital sur l’économie et la société; tout se transforme en marchandise. Or, nous ne pensons pas que le capitalisme puisse être moralisé ni réformé. A nos yeux, la mondialisation libéralen’est pas un moment particulier du capitalisme, lequel pourrait changer de visage. Aprês les années de croissance exceptionnelle de l’aprês-guerre, le marché s’est trouvé saturé, et le taux de profit a eu tendance à  diminuer. Pour maintenir le taux de profit à  niveau constant, les entreprises ont bloqué l’évolution des salaires et amputé les acquis sociaux. D’autre part, on a vu se développer les marchés financiers, qui offrent la possibilité de faire de l’argent avec de l’argent. La financiarisation de l’économie est inscrite dans le patrimoine génétique du capitalisme, car la spéculation tend à  y supplanter l’investissement dans l’économie réelle… Ni les mots ni les lois ne pourront empêcher ces dérives-là , et l’on ne peut espérer que les capitalistes se tirent volontairement une balle dans le pied.

Quelle est cette société nouvelle que vous souhaitez bà¢tir ?
Durant la guerre froide, deux modêles de société se sont opposés. Il y avait le modêle capitaliste à  l’Ouest, le modêle bureaucratique dans les pays de l’Est. Dans les deux cas, une minorité d’individus décidait pour la majorité, d’un côté les riches, de l’autre les apparatchiks. La troisiême voie, celle qui n’a jamais été tentée, serait un modêle ou la majorité déciderait pour elle-même. Il lui reviendrait de contrôler, posséder, répartir la totalité des richesses. Cela implique une organisation du pouvoir décentralisée, ou tout ce qui peut être décidé localement l’est – dans les quartiers ou les entreprises. Il faudrait aussi faire en sorte que l’action des pouvoirs publics et des politiques se fasse toujours sous contrôle de la base. A cette fin, la révocabilité des élus est nécessaire (si un élu remplit mal son mandat, il peut être révoqué à  l’issue de nouvelles élections convoquées suite à  une pétition par exemple), ainsi que le suffrage universel et la démocratie directe, qui s’exprimeraient à  travers des assemblées de conseils. Il faut aussi être attentif à  la rémunération des élus, qui ne doit pas excéder le salaire moyen de la population… Le but est d’éviter la tentation aristocratique ou totalitaire. Aujourd’hui, la machine étatique est du côté des riches, comme on le voit lorsqu’elle renfloue les caisses des banques avec des centaines de milliards pris aux contribuables. Nous militons pour instaurer une société vraiment démocratique. Pour en venir à  des mesures concrêtes et immédiates, nous proposons pour sortir de la crise de réunir toutes les banques publiques et privées en un seul et même service bancaire public, qui aurait le monopole du crédit; nous proposons que ce service soit sous le contrôle des salariés et des usagers. Pour nous, la nationalisation passe par l’expropriation des intérêts privés. On ne veut pas faire de l’Etat un patron, mais développer un modêle d’autogestion socialiste dans les entreprises.

A l’êre de la mondialisation, de telles mesures impliqueraient-elles de fermer les frontiêres, de chercher l’autarcie ?
Non, nous sommes internationalistes et pensons que les solutions préconisées peuvent être efficaces, à  terme, à  l’échelle d’un continet, puis du monde. Par une fédération progressive de toutes les assemblées de conseils, réunnies dans des congrês annuels pour trancher les grands choix de la planification autogérée, le socialisme peut fonctionner à  l’échelle régionale, nationale, européenne, internationale. Mais de telles évolutions ne sont envisageables que si le peuple, ou une partie significative de celui-ci, fait irruption sur la scêne politique, là  ou on ne l’attend jamais. Cela suppose une situation d’effervescence et d’ébulition sociale qui ne peut se produire dans un seul pays. La révolution prétendument française s’est produite simultanément un peu partout en Europe. En 1968, les mobilisations étudiantes ont eu lieu partout dans le monde. Actuellement, il suffit de regarder la Grêce ou l’Italie pour comprendre qu’un mouvement internationaliste peut se mettre en place.

Aujourd’hui, quels moyens d’action préconisez-vous : le vote, la participation aux mouvements sociaux ou la violence ?
Pour nous, il n’y a qu’un levier d’action : l’action de masse radicale. La France a une tradition contestataire, elle a traversé de nombreuses grêves générales et révolutions. Or c’est à  ces mouvements que nous devons les acquis sociaux dont nous bénéficions aujourd’hui, pas à  l’Etat ni à  la générosité des patrons. Une révolution implique que la majorité du peuple fasse irruption là  ou se trame son destin, et prenne en main son sort dans une organisation démocratique. Le problême est de susciter cette action majoritaire. Le vote est un moment de citoyenneté três éphémêre, aprês lequel on se remet à  des délégués. Dans la déferlante médiatique actuelle, on met sur un pied d’égalité les actions radicales, le terrorisme, les mouvements de désobéissance… Or il y a des moments différents dans l’histoire, ou tel ou tel moyen paraà®t plus approprié. La violence est déjà  présente dans la société actuelle du fait du gouvernement, qui s’acharne sur les sans-papiers, les habitants des banlieues, les ouvriers… Les anticapitalistes, de leur côté, ne militent pas pour une société violente, mais pour qu’il n’y ait plus de violence. La gauche traditionnelle nous dit : “Vous êtes de doux rêveurs, parce que la société à  laquelle vous aspirez n’existe pas.” Mais nous revendiquons cette part de rêve, d’utopie, qui nous paraà®t mille fois préférable au bilan de cette gauche. Pour autant, on ne cherche pas à  définir dans notre coin une nouvelle Jérusalem. Marxistes, nous pensons que la société du futur naà®tra des contradictions de cette société-ci. La révolution ? C’est possible ! Quantitativement, il n’y a jamais eu sur Terre, dans l’histoire du capitalisme, autant d’exploités… Notre problême est simplement de revaloriser la force du nombre.

Interview d’Alexandre Lacroix pour Philosophie Magazine de fevrier 2009

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