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	<title>Commentaires sur : Keny Arkana ou la radicalité mélancolique</title>
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	<description>Un veritable révolutionnaire est guidé par l&#039;amour... l&#039;amour des Hommes, de la justice et de la vérité... Ernesto Guevara</description>
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		<title>Par : Franck</title>
		<link>http://www.etoile-rouge.fr/politique/anticapitalisme/keny-arkana-ou-la-radicalite-melancolique/comment-page-1/#comment-24</link>
		<dc:creator>Franck</dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Nov 2008 23:30:34 +0000</pubDate>
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		<description>&lt;strong&gt;Phillipe Corcuff&lt;br /&gt;
jeudi 22 mars 2007&lt;br /&gt;	 
Sociologue et militant alter-mondialiste, Philippe Corcuff trouve dans les textes de la rappeuse Keny Arkana un langage mÃ©tissant la force et la fragilitÃ©, et une rhÃ©torique proche de celle du sous-commandant Marcos.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;div class=&quot;texte_article&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Politis&lt;/em&gt; (nÂ°Â 942) a judicieusement braquÃ© les projecteurs sur Keny Arkana, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â contestataire qui fait du rapÂ Â»&lt;/em&gt;, marseillaise et altermondialiste. Son album, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Entre ciment et belle Ã©toile&lt;/em&gt; (2006), pointe de nouveaux sentiers Ã©mancipateurs pour des radicalitÃ©s puisant dans les traditions critiques mais sâ€™efforÃ§ant de rompre avec les langues mortes politiciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Keny esquisse un mÃ©tissage inÃ©dit du langage de la force et de celui de la fragilitÃ©, des mots du combat et de ceux de la dÃ©couverte tÃ¢tonnante du monde et de soi. Lâ€™univers trÃ¨s masculin du rap, on le sait, valorise la force. On retrouve cette empreinte chez Keny, dans lâ€™expÃ©rience dâ€™une enfant des foyers, de la fugue et de la rue (Â«Â Eh connardÂ Â», Â«Â La mÃ¨re des enfants perdusÂ Â»). Dans Â«Â la RageÂ Â» contre les injustices. Dans la perspective politique de retourner une force collective contre la force de lâ€™argent et des puissants (Â«Â Le missile suit sa lancÃ©eÂ Â», Â«Â Jâ€™viens de lâ€™incendieÂ Â», Â«Â Nettoyage au KÃ¤rcherÂ Â»...). Mais perce aussi, entre slam et rap, des fragilitÃ©s singuliÃ¨res, des doutes, des tendresses meurtries.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans Â«Â Entre les motsÂ : enfants de la terreÂ Â», ses blessures et ses rÃªves sont traversÃ©s par des antinomiesÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Entre la rage et la foi/Entre la souffrance et lâ€™espoir/Entre la haine et lâ€™amour/Entre la rancoeur et le pardon/Entre le systÃ¨me et la vie/Entre nos peurs et nos aspirationsÂ Â»&lt;/em&gt;. Ces contradictions emboÃ®tÃ©es nourrissent une tension entre contraintes du rÃ©el et utopieÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Les pieds bÃ©tonnÃ©s dans le ciment/Le regard vers lâ€™infiniment grand.Â Â»&lt;/em&gt; Ici, il y a le rÃ©el qui plombe, qui enferme, nÃ©gativement, mais qui leste aussi dâ€™Ã©preuves, et qui donc nous fabrique Ã©galement en positif. LÃ -bas, il y a un &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;ailleurs&lt;/em&gt; possibleÂ ; pas quelque chose comme un paradis quâ€™on peut atteindre, mais une boussole qui Ã©largit notre vue et nous aide Ã  nous arracher aux pesanteurs du monde tel quâ€™il est. Dâ€™oÃ¹ lâ€™appel Ã  une ouverture de son esprit et de son coeurÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Enfant de la terre, prisonnier du ciment, ne perd pas de vue les Ã©toiles.Â Â»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce rapport au monde ne partage pas les visÃ©es de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â synthÃ¨seÂ Â»&lt;/em&gt;, comme &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â dÃ©passement des contradictionsÂ Â»&lt;/em&gt; et harmonie, que nombre de progressismes ont hÃ©ritÃ©es de Hegel. Il se rapproche davantage de la mÃ©lancolie libertaire de &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â lâ€™Ã©quilibration des contrairesÂ Â»&lt;/em&gt; que Proudhon a opposÃ©e au philosophe allemand. &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â TiraillÃ© dans une dualitÃ© permanenteÂ Â»&lt;/em&gt;, lance justement Keny. Dans Â«Â Entre les lignesÂ : clouÃ©e au solÂ Â», lâ€™antinomie rebonditÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Les ailes brÃ»lÃ©es, clouÃ©e au sol/Et la tÃªte vers le ciel, vers la splendeur de lâ€™Ã©ternel ailleurs.Â Â»&lt;/em&gt; Cet Â«Â Ã©ternel ailleursÂ Â», ce nâ€™est pas une sociÃ©tÃ© idÃ©ale, dÃ©finitivement rÃ©alisÃ©e, bouclÃ©e autour de nouvelles certitudes, mais un horizon, Ã  explorer infiniment, Ã  explorer en chacun de nous, avec les autres et dans les mÃ©andres du vaste monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au sein de cette exploration perpÃ©tuelle, les voix des vaincus dâ€™hier constituent un enjeu pour ouvrir dâ€™autres chemins vers lâ€™avenir, contre les &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â MÃ©moires passÃ©es qui voudraient voir mon espoir cassÃ©Â Â»&lt;/em&gt;, rappe Keny. Ã€ lâ€™opposÃ© dâ€™un progrÃ¨s vu comme la succession lisse dâ€™un &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â temps homogÃ¨ne et videÂ Â»&lt;/em&gt;, Walter Benjamin, juif hÃ©tÃ©rodoxe et marxiste anti-stalinien pris dans lâ€™Ã©tau de lâ€™histoire, avait dÃ©jÃ  tracÃ© en pointillÃ© un messianisme laÃ¯cisÃ© dans ses thÃ¨ses &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le concept dâ€™histoire&lt;/em&gt;, en 1940, peu de temps avant son suicide Ã  la frontiÃ¨re franco-espagnole. Il Ã©crivait alorsÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Ã chaque Ã©poque, il faut chercher Ã  arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguerÂ Â»&lt;/em&gt;. &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Dans le passÃ©, nous trouverons des chemins pour lâ€™avenirÂ Â»&lt;/em&gt;, lui a rÃ©pondu comme en Ã©cho la fragilitÃ© radicale du sous-commandant Marcos (Â«Â Appel Ã  la cinquiÃ¨me rencontre europÃ©enne de solidaritÃ© avec la rÃ©bellion zapatisteÂ Â», janvier 1996).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le combat, selon Keny, nâ€™est pas seulement collectif, mais aussi personnel et spirituelÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Alors je ferme les yeux pour ressentir la lueur/Pouvoir faire le vide en moi, afin dâ€™Ãªtre rÃ©ceptive au bonheur...Â Â»&lt;/em&gt; Et la rÃ©sistance nâ€™est pas que combat, mais aussi dÃ©couverte et invention. &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Car changer le monde commence par se changer soi-mÃªmeÂ !Â Â»&lt;/em&gt; Un sociologue, pour qui chaque Ãªtre constitue un bricolage unique de rapports sociaux, dirait dans le mÃªme tempsÂ : Â«Â Changer le monde commence par se changer soi-mÃªme/Se changer soi-mÃªme commence par changer le monde.Â Â»&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On est ici Ã  lâ€™Ã©cart des gauches traditionnelles, y compris des courants dits rÃ©volutionnaires. Les mÃ©taphores dâ€™inspiration militaro-machiste ont largement structurÃ© les politiques progressistes, dominÃ©es par les hommes et les valeurs socialement constituÃ©es comme Â«Â masculinesÂ Â»Â : Â«Â les rapports de forceÂ Â», Â«Â lâ€™affrontementÂ Â», Â«Â la conquÃªteÂ Â», etc. La mÃ©taphore de la caresse filÃ©e par Emmanuel LÃ©vinas, en rÃ©Ã©valuant un imaginaire et un Ã©rotisme dÃ©valuÃ©s car socialement constituÃ©s comme Â«Â fÃ©mininsÂ Â», nous rÃ©vÃ¨le, &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;a contrario&lt;/em&gt;, ce qui est politiquement occultÃ© par un vocabulaire machisteÂ : &lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;Â«Â Cette recherche de la caresse en constitue lâ€™essence par le fait que la caresse ne sait pas ce quâ€™elle cherche. &lt;/em&gt;[...]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; Elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dÃ©robe, &lt;/em&gt;[...]&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt; avec quelque chose dâ€™autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours Ã  venirÂ Â»&lt;/em&gt; (&lt;em class=&quot;spip&quot;&gt;le Temps et lâ€™autre&lt;/em&gt;, 1948).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ã€ la diffÃ©rence des politiques hÃ©gÃ©moniques de Â«Â la forceÂ Â», attachÃ©es Ã  une rhÃ©torique de la maÃ®trise et de la certitude, une politique de la caresse serait attentive Ã  lâ€™exploration et Ã  lâ€™incertitude. Keny, comme Marcos, expÃ©rimente une hybridation des valeurs de Â«Â la forceÂ Â» (comme Â«Â rÃ©sistanceÂ Â» aux oppressions) et de celles de Â«Â la fragilitÃ©Â Â», vers un rapport plus compliquÃ© et plus radical Ã  la politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
		<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Phillipe Corcuff<br />
jeudi 22 mars 2007<br />	<br />
Sociologue et militant alter-mondialiste, Philippe Corcuff trouve dans les textes de la rappeuse Keny Arkana un langage mÃ©tissant la force et la fragilitÃ©, et une rhÃ©torique proche de celle du sous-commandant Marcos.<br /></strong>
<div class="texte_article">
<p class="spip"><em class="spip">Politis</em> (nÂ°Â 942) a judicieusement braquÃ© les projecteurs sur Keny Arkana, <em class="spip">Â«Â contestataire qui fait du rapÂ Â»</em>, marseillaise et altermondialiste. Son album, <em class="spip">Entre ciment et belle Ã©toile</em> (2006), pointe de nouveaux sentiers Ã©mancipateurs pour des radicalitÃ©s puisant dans les traditions critiques mais sâ€™efforÃ§ant de rompre avec les langues mortes politiciennes.</p>
<p class="spip">Keny esquisse un mÃ©tissage inÃ©dit du langage de la force et de celui de la fragilitÃ©, des mots du combat et de ceux de la dÃ©couverte tÃ¢tonnante du monde et de soi. Lâ€™univers trÃ¨s masculin du rap, on le sait, valorise la force. On retrouve cette empreinte chez Keny, dans lâ€™expÃ©rience dâ€™une enfant des foyers, de la fugue et de la rue (Â«Â Eh connardÂ Â», Â«Â La mÃ¨re des enfants perdusÂ Â»). Dans Â«Â la RageÂ Â» contre les injustices. Dans la perspective politique de retourner une force collective contre la force de lâ€™argent et des puissants (Â«Â Le missile suit sa lancÃ©eÂ Â», Â«Â Jâ€™viens de lâ€™incendieÂ Â», Â«Â Nettoyage au KÃ¤rcherÂ Â»&#8230;). Mais perce aussi, entre slam et rap, des fragilitÃ©s singuliÃ¨res, des doutes, des tendresses meurtries.</p>
<p class="spip">Dans Â«Â Entre les motsÂ : enfants de la terreÂ Â», ses blessures et ses rÃªves sont traversÃ©s par des antinomiesÂ : <em class="spip">Â«Â Entre la rage et la foi/Entre la souffrance et lâ€™espoir/Entre la haine et lâ€™amour/Entre la rancoeur et le pardon/Entre le systÃ¨me et la vie/Entre nos peurs et nos aspirationsÂ Â»</em>. Ces contradictions emboÃ®tÃ©es nourrissent une tension entre contraintes du rÃ©el et utopieÂ : <em class="spip">Â«Â Les pieds bÃ©tonnÃ©s dans le ciment/Le regard vers lâ€™infiniment grand.Â Â»</em> Ici, il y a le rÃ©el qui plombe, qui enferme, nÃ©gativement, mais qui leste aussi dâ€™Ã©preuves, et qui donc nous fabrique Ã©galement en positif. LÃ -bas, il y a un <em class="spip">ailleurs</em> possibleÂ ; pas quelque chose comme un paradis quâ€™on peut atteindre, mais une boussole qui Ã©largit notre vue et nous aide Ã  nous arracher aux pesanteurs du monde tel quâ€™il est. Dâ€™oÃ¹ lâ€™appel Ã  une ouverture de son esprit et de son coeurÂ : <em class="spip">Â«Â Enfant de la terre, prisonnier du ciment, ne perd pas de vue les Ã©toiles.Â Â»</em></p>
<p class="spip">Ce rapport au monde ne partage pas les visÃ©es de <em class="spip">Â«Â synthÃ¨seÂ Â»</em>, comme <em class="spip">Â«Â dÃ©passement des contradictionsÂ Â»</em> et harmonie, que nombre de progressismes ont hÃ©ritÃ©es de Hegel. Il se rapproche davantage de la mÃ©lancolie libertaire de <em class="spip">Â«Â lâ€™Ã©quilibration des contrairesÂ Â»</em> que Proudhon a opposÃ©e au philosophe allemand. <em class="spip">Â«Â TiraillÃ© dans une dualitÃ© permanenteÂ Â»</em>, lance justement Keny. Dans Â«Â Entre les lignesÂ : clouÃ©e au solÂ Â», lâ€™antinomie rebonditÂ : <em class="spip">Â«Â Les ailes brÃ»lÃ©es, clouÃ©e au sol/Et la tÃªte vers le ciel, vers la splendeur de lâ€™Ã©ternel ailleurs.Â Â»</em> Cet Â«Â Ã©ternel ailleursÂ Â», ce nâ€™est pas une sociÃ©tÃ© idÃ©ale, dÃ©finitivement rÃ©alisÃ©e, bouclÃ©e autour de nouvelles certitudes, mais un horizon, Ã  explorer infiniment, Ã  explorer en chacun de nous, avec les autres et dans les mÃ©andres du vaste monde.</p>
<p class="spip">Au sein de cette exploration perpÃ©tuelle, les voix des vaincus dâ€™hier constituent un enjeu pour ouvrir dâ€™autres chemins vers lâ€™avenir, contre les <em class="spip">Â«Â MÃ©moires passÃ©es qui voudraient voir mon espoir cassÃ©Â Â»</em>, rappe Keny. Ã€ lâ€™opposÃ© dâ€™un progrÃ¨s vu comme la succession lisse dâ€™un <em class="spip">Â«Â temps homogÃ¨ne et videÂ Â»</em>, Walter Benjamin, juif hÃ©tÃ©rodoxe et marxiste anti-stalinien pris dans lâ€™Ã©tau de lâ€™histoire, avait dÃ©jÃ  tracÃ© en pointillÃ© un messianisme laÃ¯cisÃ© dans ses thÃ¨ses <em class="spip">Sur le concept dâ€™histoire</em>, en 1940, peu de temps avant son suicide Ã  la frontiÃ¨re franco-espagnole. Il Ã©crivait alorsÂ : <em class="spip">Â«Â Ã chaque Ã©poque, il faut chercher Ã  arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguerÂ Â»</em>. <em class="spip">Â«Â Dans le passÃ©, nous trouverons des chemins pour lâ€™avenirÂ Â»</em>, lui a rÃ©pondu comme en Ã©cho la fragilitÃ© radicale du sous-commandant Marcos (Â«Â Appel Ã  la cinquiÃ¨me rencontre europÃ©enne de solidaritÃ© avec la rÃ©bellion zapatisteÂ Â», janvier 1996).</p>
<p class="spip">Le combat, selon Keny, nâ€™est pas seulement collectif, mais aussi personnel et spirituelÂ : <em class="spip">Â«Â Alors je ferme les yeux pour ressentir la lueur/Pouvoir faire le vide en moi, afin dâ€™Ãªtre rÃ©ceptive au bonheur&#8230;Â Â»</em> Et la rÃ©sistance nâ€™est pas que combat, mais aussi dÃ©couverte et invention. <em class="spip">Â«Â Car changer le monde commence par se changer soi-mÃªmeÂ !Â Â»</em> Un sociologue, pour qui chaque Ãªtre constitue un bricolage unique de rapports sociaux, dirait dans le mÃªme tempsÂ : Â«Â Changer le monde commence par se changer soi-mÃªme/Se changer soi-mÃªme commence par changer le monde.Â Â»</p>
<p class="spip">On est ici Ã  lâ€™Ã©cart des gauches traditionnelles, y compris des courants dits rÃ©volutionnaires. Les mÃ©taphores dâ€™inspiration militaro-machiste ont largement structurÃ© les politiques progressistes, dominÃ©es par les hommes et les valeurs socialement constituÃ©es comme Â«Â masculinesÂ Â»Â : Â«Â les rapports de forceÂ Â», Â«Â lâ€™affrontementÂ Â», Â«Â la conquÃªteÂ Â», etc. La mÃ©taphore de la caresse filÃ©e par Emmanuel LÃ©vinas, en rÃ©Ã©valuant un imaginaire et un Ã©rotisme dÃ©valuÃ©s car socialement constituÃ©s comme Â«Â fÃ©mininsÂ Â», nous rÃ©vÃ¨le, <em class="spip">a contrario</em>, ce qui est politiquement occultÃ© par un vocabulaire machisteÂ : <em class="spip">Â«Â Cette recherche de la caresse en constitue lâ€™essence par le fait que la caresse ne sait pas ce quâ€™elle cherche. </em>[...]<em class="spip"> Elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dÃ©robe, </em>[...]<em class="spip"> avec quelque chose dâ€™autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours Ã  venirÂ Â»</em> (<em class="spip">le Temps et lâ€™autre</em>, 1948).</p>
<p class="spip">Ã€ la diffÃ©rence des politiques hÃ©gÃ©moniques de Â«Â la forceÂ Â», attachÃ©es Ã  une rhÃ©torique de la maÃ®trise et de la certitude, une politique de la caresse serait attentive Ã  lâ€™exploration et Ã  lâ€™incertitude. Keny, comme Marcos, expÃ©rimente une hybridation des valeurs de Â«Â la forceÂ Â» (comme Â«Â rÃ©sistanceÂ Â» aux oppressions) et de celles de Â«Â la fragilitÃ©Â Â», vers un rapport plus compliquÃ© et plus radical Ã  la politique.</p>
</div>
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