j accuse damien saez1 115x150 Laffiche des concerts de Damien Saez censuréeL’affiche annonçant les concerts du chanteur Damien Saez, représentant une jeune femme nue dans un chariot de supermarché, a été refusée dans les couloirs du métro parisien et par plusieurs sociétés d’affichage dont Decaux et Clear Channel, a annoncé l’artiste vendredi.

Ces refus font suite à  l’avis de l’Autorité de Régularisation Professionnelle de la Publicité qui estime que l’affiche «présente un caractêre dégradant pour l’image de la femme dans la mesure ou elle apparaà®t nue, et qui plus est dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise (…) La publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à  une fonction d’objet».

Les recommandations de l’autorité sont généralement suivies par les afficheurs dont Média Transports, régie du métro et des bus parisiens. Aucun des afficheurs concernés n’étaient joignables vendredi en fin d’aprês-midi.

«Une femme nue dans un caddie, outrage aux moeurs du commerce ?»
L’affiche en question reproduit la pochette du dernier album de Damien Saez, «J’accuse», dans les bacs le 29 mars prochain et dont le titre éponyme est en téléchargement libre sur le site de l’artiste. Il s’agit d’une photo du réalisateur de clip et photographe français Jean-Baptiste Mondino qui a notamment travaillé avec Madonna, mais aussi Alain Bashung, Vanessa Paradis, Bjà¶rk, Prince ou encore David Bowie.

Selon le chanteur, une deuxiême affiche sans la photo de la jeune femme, mais soulignant en gros caractêres l’interdiction d’affichage, a été également refusée. «Une femme nue dans un caddie, outrage aux moeurs du commerce ? Remise en question du systême ? Droit d’informer ?». «Cette interdiction aurait pour but de protéger l’image de la nature humaine, j’en doute. Mais protéger l’image du caddie ? (…) Une chose est sà»re, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays», écrit-il dans une lettre mise en ligne.

«J’ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu’il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s’inflige à  chaque fois qu’elle ouvre sa bouche», poursuit le chanteur qui a indiqué son intention de porter l’affaire en justice.

La réponse complête de Damien Saez :

Allo Paris bonjour tristesse.

Notre photo, une femme nue dans un caddie, utilisée comme visuel de notre album et comme affiche de concert, a été interdite dans les couloirs des métros et sur les kiosques à journaux.

Dans une seconde étape, une autre affiche textuelle signifiant cette interdiction l’a été aÌ€ son tour par tous les réseaux publicitaires, méprisant ainsi et la liberté de l’art et la liberté d’expression.

Une femme nue dans un caddie, outrage aux mÅ“urs du commerce ? Remise en question du systeÌ€me ? Droit d’informer ?
Quel crime avons nous donc commis ? Cette interdiction aurait pour but, qu’ils disent, de protéger l’image de la nature humaine, j’en doute. Mais protéger l’image du caddie ? Ca c’est certain. Les publicistes portant le drapeau de la nature féminine… FaiÌ‚tes moi rire… Une chose est suÌ‚re, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays.
Quand les bureaux du commerce prennent des allures d’entrée de boites de nuit, quand la ségrégation outre raciale en devient culturelle, la honte grandit.
J’ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu’il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s’inflige aÌ€ chaque fois qu’elle ouvre sa bouche. Et dire que nous étions d’avant-garde un jour…

Alors que le vulgaire aÌ€ outrance et les illégalités font rage sur chaque devanture et dans ces meÌ‚mes couloirs de métro, alors que nous vendons nos chairs, aÌ€ tort et aÌ€ travers, pour n’importe quel inutile qu’il faudra vendre aux enfants, alors que la femme n’a jamais été autant méprisée dans sa qualité d’eÌ‚tre humain autre que celle d’eÌ‚tre une chatte béante dans laquelle on refourgue tous les artifices du nouveau monde, voilaÌ€ que les petits capos voient de l’outrage quand le féminisme est aÌ€ son expression la plus pure.

Mais quelle est cette douleur qui fait si mal dans les p’tits slips des p’tits capitalistes d’arreÌ‚t de bus ?
Les miroirs feraient-ils donc si peur aÌ€ ceux qui n’aiment pas leur visage ? D’abord une photo, puis des mots…. Dis quand viendra le temps ouÌ€ nous reverrons la liberté ailleurs que sur nos billets de banque ?

Cet album que nous sortons est l’Å“uvre de deux ans de travail, d’écriture, de production, de musique, de réflexion, d’argent et surtout de temps. Un art populaire mis aÌ€ mal par les pilleurs de tombeaux que sont tous les vendeurs de caÌ‚bles en tous genres.

Je suis parti des majors company pour ne pas finir en abonnement téléphonique, en sonnerie de portable vendue à des crétins.

Bien suÌ‚r on est blasé de tout, bien suÌ‚r on ne s’étonne plus de rien, bien suÌ‚r ça n’est pas grand chose, qu’une photo aujourd’hui, quoi demain ?
Bien suÌ‚r je continuerai aÌ€ eÌ‚tre libre, bien suÌ‚r qu’on galeÌ€re tous aÌ€ faire nos courses, bien suÌ‚r qu’il y a toujours plus grave, bien suÌ‚r, bien suÌ‚r…
Mais les symboles sont là pour stigmatiser très souvent des maux bien plus profonds, et les choses sans grande importance à première vue cachent souvent des forêts qui le jour où elles prennent feux font bien plus de dégâts que la liberté.

Damien Saez

Source : Le parisien

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