Lors de la présidentielle de 2007, Yves Jégo avait été “l’homme de la campagne de Sarkozy sur Internet“, à  la tête de l’équipe chargé de mener la campagne sur le Net, à  l’origine de la mobilisation des blogueurs en faveur du futur président, et chargé d’”alimenter la toile d’argumentaires et de contre argumentaires pro UMP“.

Ces derniêres semaines, Yves Jégo, tête de liste UMP en Seine-et-Marne pour les régionales 2010, s’est plutôt illustré par une série de gaffes sur le Net : rumeurs et propos déplacés sur Twitter, appel au lynchage numérique d’un opposant sur son blog, et blanchiment sauvage de l’article que lui consacre l’encyclopédie Wikipedia…

Quand JégoYves blanchit Yves Jégo

Depuis le 4 mars dernier, la fiche Wikipédia de Yves Jégo est “protégée” et ne peut être temporairement modifiée, pour cause de “vandalisme excessif“… L’identité du vandale reste inconnue. Tout juste sait-on qu’il s’agit d’un internaute anonyme répondant aux noms de YvesJego, JegoYves, et JegoY, et qu’il milite activement pour défendre la réputation de Yves Jégo.

1 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net

Le 28 février 2010, un certain Yvesjego essayait en effet, quatre fois, de 17h22 à  21h51, de blanchir la fiche d’Yves Jégo sur Wikipedia.

A 22h15, un certain Jegoyves décide de la policer, précisant ainsi que l’information judiciaire contre X pour prise illégale d’intérêts dans laquelle il était impliqué a été “classée sans suite“, qu’il “est constament réélu avec des scores três importants“, que “depuis l’election d’Yves Jégo le chômage y a diminué de façon conséquente“.

A 23h01, il efface le passage évoquant l’annulation de son élection par le Conseil d’à‰tat en 1999 en tant conseiller général RPR de Seine-et-Marne et, à  23h05, qu’il a été réélu “brillamment” député de la 3e circonscription de Seine-et-Marne, avant de rayer d’un trait le passage mentionnant le fait qu’en 2008, l’INSEE classait le bassin d’emploi de la ville “gérée par Yves Jégo 346e sur 348” en terme de créations d’emplois.

A 23h11, il efface le fait qu’en 2007, “Yves Jégo perd le procês qu’il avait intenté à  l’encontre de deux blogueurs” qui l’avaient notamment qualifié de “menteur” et de “manipulateur“, et rajoute que “les deux internautes anonymes étaient deux militants proches du candidat PS battu par yves Jégo en 2007“.

A 23h15, cherchant à  corriger une faute de grammaire dans le passage évoquant la plainte contre X susnommée, il remplace “Aucun grief n’étant retenu” par “Aucun grief n’étant retenus“.

Las : le 1er mars, à  8h42, un wikipedien révoque toutes ses modifications. Tout est à  refaire…

A 12h10, un autre wikipedien précise que l’annulation de son élection en tant que conseiller général, en 1998, l’avait frappé d’inéligibilité.

A 12h50, Jegoyves renomme le passage consacré à  ses “Affaires politico-financiéres” pour l’intituler “Mise en cause abusive“. D’un même élan, à  12h51, le chapitre dévolu aux “plaintes de Yves Jégo en justice” est renommé “Face à  la diffamation“.

2 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net
A 15h20, un troisiême wikipédien rectifie les “édulcorations apportées au paragraphe judiciaire par Jegoyves“, et rétablit la neutralité, “et au passage l’orthographe et la syntaxe” que Jegoyves avait quelque peu malmenées.

A 16h15, un certain JEGOY reprend la main, et renomme le paragraphe intitulé “Affaires judiciaires” en “Denonciations calomnieuses et diffamation“.

Le 2 mars à  13h52, pour la troisiême fois en trois jours, il efface le passage évoquant le fait qu’Yves Jégo “fait partie de ceux qui relancent en 2002 le courant Debout la République, à  tendance gaulliste et souverainiste, de Nicolas Dupont-Aignan“, passage rétabli par un quatriême Wikipédien, à  15h30, arguant d’une “suppression non justifiée“.

Le 4 mars, à  10h57, l’un des 182 administrateurs de la Wikipedia francophone, saisi de ce cas de “vandalisme excessif“, décide finalement de bloquer l’article consacré à  Yves Jégo de sorte que plus personne ne puisse plus la modifier.

Yvesjego, Jegoyves et JEGOY sont-ils Yves Jégo ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais si ce n’est lui, ce ne peut être que l’un de ses amis, ou supporters… Problême : leurs modifications ont non seulement toutes été révoquées, mais l’on sait donc aussi désormais ce qui, dans sa biographie, pourrait semble-t-il lui déplaire…

Yves Jégo a-t-il violé la loi informatique et libertés ?

Décidément malchanceux, Yves Jégo a également été accusé d’avoir publié l’identité, les adresses email et IP de l’un de ses opposants, qui s’était permis de le critiquer en commentaire sur son blog, suivi d’un “Profitez-en!” laissant entendre qu’il invitait ses supporters à  pirater celui qu’il avait ainsi dénoncé.

3 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net

La CNIL rappelle que l’article 226-22 du Code pénal punit de 5 ans d’emprisonnement et de 300 000€ d’amendes “le fait, par toute personne qui a recueilli des données à  caractêre personnel dont la divulgation aurait pour effet de porter atteinte à  la considération de l’intéressé ou à  l’intimité de sa vie privée, de porter, sans autorisation de l’intéressé, ces données à  la connaissance d’un tiers qui n’a pas qualité pour les recevoir“.

Le passage litigieux a depuis été effacé par Yves Jégo, qui plaide l’”erreur informatique“. La réponse se trouve dans la mémoire cache de Google.

On y découvre en effet que le passage effacé commençait par “NOUVEAU ! Plus d’options pour répondre aux commentaires par e-mail :“, et se terminait bien par la mention du “Nom du commentateur“, de son email, de son adresse IP et, enfin, de la mention “Profitez-en!“, mentions qui figurent en fait dans les courriels envoyés par la plateforme de blog Typepad (utilisée par Yves Jégo) pour notifier aux blogueurs qu’ils ont reçu un commentaire.

Il s’agirait donc bien d’une “erreur informatique“, d’un copier/coller intempestif et non intentionnel, et non d’une forme d’appel au lynchage numérique. Yves Jégo pourrait certes être poursuivi en vertu de l’article 226-22 du Code pénal, qui punit de 3 ans de prison et 100 000€ d’amendes de telles atteintes à  la vie privée “commises par imprudence ou négligence“, mais l’intéressé ayant réagi promptement pour effacer le passage litigieux, nul doute que ni la CNIL, ni la justice, ne sauraient sérieusement lui en tenir rigueur.

Rions un peu avec les internautes

Cette petite bévue intervient cela dit dans un contexte ou l’ex-mister Internet de Nicolas Sarkozy cumule les gaffes. Fin 2009, Yves Jégo s’était ainsi emmêlé les pinceaux en polémiquant avec un (faux) Lionel Jospin sur Twitter, et en relayant des rumeurs déplacées, avant d’être raillé par plusieurs utilisateurs de Twitter pour ses fautes de frappes et d’orthographe et ses réactions certes spontanées, mais parfois quelque peu déplacées.

4 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net

5 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net

Yves Jégo perd son propre sondage

Début mars, le sondage qu’il avait mis en ligne sur son blog révéla… un soutien franc et massif à  la politique de son adversaire Jean-Paul Huchon. Aprês avoir promptement fermé ledit sondage, Yves Jégo, amusé, dénonça une “manipulation informatique tellement grossiêre qu’elle en devient risible” :

6 Yves Jégo cumule les gaffes sur le Net

En à  peine une heure, plus de 5500 internautes auraient voté sur mon blog pour attester, à  plus de 86%, que, depuis douze ans, la qualité de vie des franciliens s’est améliorée sous la présidence de Jean-Paul Huchon.

Le sondage d’Yves Jégo

Dans un article intitulé Yves Jégo perd son propre sondage, L’Express raconte ainsi comment “c’est le collectif humour de droite, toujours prompt à  repérer le moindre faux pas de la majorité sur le Web, qui se charge de relayer l’information sur Twitter comme sur Facebook” :

Ajoutant une nouvelle découverte: à  chaque actualisation le score du sondage change, sans même un clic sur le bouton “voter”. Três vite, les scores s’emballent de 83 votants on passe à  1606. La derniêre capture d’écran qui a pu être prise, par Vinceakadiego, comptabilisait 5370 votants avant que le sondage soit tout simplement supprimé.

Pizz@s froides, et sodas tiêdes

En 2007, Yves Jégo qualifiait Internet de «révolution technologique» qui va changer la maniêre de mener les campagnes politiques. A l’époque, il était question d’intituler “Pizza Sarko” les réunions de blogueurs au siêge de campagne.

En 2010, Yves Jégo organise bel et bien des Pizz@ 2.0 pour répondre à  leurs questions, autour de parts de pizzas (froides) et de verres de sodas (tiêdes). Mais le niveau ne vole pas três haut, à  en croire les comptes-rendus qu’en font Le Monde et puis L’Express :

7 300x210 Yves Jégo cumule les gaffes sur le NetOn commence doucement avec des questions sur la scolarité d’Yves Jégo. Le député UMP dévoile donc qu’il n’était qu’un “élêve moyen”, que sa “premiêre défaite politique” fut lors d’une élection de délégués de classe. Yves Jégo avoue ne pas toujours s’être rêvé homme politique: enfant, il se voyait d’avantage imprimeur ou cuisinier.

L’animateur embraie sur des questions “osées”: “Alors votre premiêre fois, c’était comment?”. Gêné, Yves Jégo répond: “J’ai oublié, j’espêre qu’elle aussi.” Dans la même veine, on apprend que l’élu a pris sa “premiêre cuite” autour de 16-17 ans, qu’il ne pratique pas de sport, que sa seule passion est pour les à¢nes, il en possêde lui-même deux. Autre scoop de la soirée, il ne lui reste qu’un point sur son permis de conduire.

21h30, il est temps de prendre congé. Ce que l’on retiendra de cette soirée? Un débat mou et froid, à  l’instar des pizzas. Yves Jégo, lui, n’y a pas touché, préférant se réserver pour le dà®ner qui l’attendait ensuite.

Visiblement, il est des hommes politiques qui ne sont pas des internautes comme les autres.

Source : Le Monde

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