2008 10 29t134018z 01 apae49s11z800 rtroptp 2 ofrtp france justice sarkozy 20081029 300x236 Nicolas Sarkozy débouté, sa poupée vaudou reste en venteLe tribunal de grande instance de Paris s’est opposé mercredi au retrait de la vente d’un manuel vaudou accompagné d’une poupée à  l’effigie de Sarkozy et d’épingles permettant de le mortifier symboliquement.

Invoquant la liberté d’expression et le droit à  l’humour, le tribunal de Paris a repoussé la demande de Sarkozy de retirer de la vente une poupée vaudou à  son effigie nantie d’épingles permettant de fustiger symboliquement ses idées et son action.

C’est la premiêre fois qu’un président en exercice est débouté dans une action judiciaire.

Son avocat Thierry Herzog, qui soutenait que la poupée portait atteinte au “droit à  l’image” du chef de l’Etat, a annoncé qu’il ferait appel. Le dossier sera réexaminé dans les prochains jours.

“Cette représentation non autorisée de l’image de M. Sarkozy ne constitue ni une atteinte à  la dignité humaine, ni une attaque personnelle, et s’inscrit donc dans les limites autorisées de la liberté d’expression et du droit à  l’humour”, estime le tribunal dans son jugement.

Les juges soulignent que “cette particuliêre liberté de ton est plus largement admise lorsqu’elle vise des personnages publics”.

Rappelant que Ségolêne Royal a aussi sa poupée vaudou – elle n’a pas déposé plainte – le tribunal déclare implicitement que les deux ex-candidats doivent accepter le contrecoup de leur exposition, en écrivant qu’ils “ont tous deux focalisé l’attention du public sur leur personne en mettant en avant leur image dans leur communication politique”.

Me Herzog a estimé que la poupée vaudou était un produit non assimilable à  une caricature. “Le droit à  l’humour existe en matiêre de diffamation mais pas en matiêre de droit à  l’image et les attendus du jugement sont contraires à  la jurisprudence”, a dit l’avocat à  Reuters.

L’avocat a répliqué à  Ségolêne Royal, qui s’est félicitée du jugement, en rappelant qu’elle avait poursuivi un livre la concernant. “Chacun a le sens de l’humour qu’il a”, a-t-il dit.

Me Herzog s’appuyait sur deux précédents : dans les années 70, Valéry Giscard d’Estaing avait obtenu le retrait d’un jeu de cartes à  son effigie et Georges Pompidou l’interdiction d’une publicité utilisant une photographie ou il figurait.

“PROTESTATION LUDIQUE”

L’ouvrage de 56 pages “Sarkozy, le manuel vaudou”, une biographie satirique, est vendu depuis le 9 octobre avec un lot de douze aiguilles par la maison d’édition K&B. Il a été tiré initialement à  20.000 exemplaires, celui concernant Ségolêne Royal à  12.000 exemplaires.

Alors que ses prédécesseurs s’en abstenaient presque totalement, Sarkozy a multiplié les procédures judiciaires, notamment contre une publicité de la compagnie aérienne Ryanair et l’ex-patron des “RG” Yves Bertrand.

Ce choix est critiqué dans les milieux judiciaires car le chef de l’Etat est en position de donner des consignes au parquet, via son ministre de la Justice, et parce qu’il signe les nominations de certains magistrats.

Le manuel vaudou et sa poupée sont devenus l’un des best-sellers des sites de vente par internet depuis la plainte de Sarkozy, relatée dans les médias étrangers.

Les lecteurs sont invités à  planter les épingles dans la poupée, sur le mode du rituel de malédiction prêté au vaudou, religion d’origine africaine três implantée dans les Antilles.

Il s’agit ainsi de stigmatiser symboliquement certains des slogans-clefs du président ou des mentions rappelant son action.

Ainsi peut-on épingler “Casse-toi, pauv’con”, “Racaille”, “Travailler plus pour gagner plus”, “Immigration choisie”, “La France, tu l’aimes ou tu la quittes”, ou encore “Paquet fiscal”, “Tests ADN” “Kadhafi”, “Yacht”, “Fouquet’s” et “Bigard”.

Le tribunal note qu’on invite à  mortifier symboliquement non l’homme, mais ses idées, en guise de “protestation ludique et d’exutoire humoristique”.

“Même s’il peut apparaà®tre déplaisant d’inciter le lecteur à  planter des aiguilles dans une poupée à  l’effigie d’une personne, (…) le juge n’a pas à  apprécier le bon et le mauvais goà»t”, dit le tribunal qui observe par ailleurs que nul ne peut prendre au sérieux le procédé vaudou en question.

Les éditions K&B se proposent d’étendre le concept à  d’autres hommes et femmes politiques français s’il “fonctionne”.

source : Le Point

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